Tome n° 8 de la collection Elec
L'obituaire du Saint-Mont (1406) Marie-José Gasse-Grandjean
Les informations fournies par l’obituaireImprimer

L’obituaire du Saint-Mont pourrait être un témoignage sur la mort, la mort banalisée et omniprésente qui caractérise la période 1350-1450. Mais jamais les notices de l’obituaire ne font allusion à une peste, une épidémie, une disette, une guerre ou une violence particulières. Comme partout ailleurs, ces événements tragiques et le Grand Schisme ont probablement nourri l’angoisse de la mort et la pratique des œuvres mais l’obituaire du Saint-Mont fournit au total peu de renseignements précis sur cette inquiétude.

Paradoxalement, cet obituaire est avant tout un document extraordinairement vivant. A l’image de la mise en page pleine de remaniements et d’additions, le contenu des notices fourmille de détails sur le microcosme romarimontain. Comme si enregistrer un peu de l’animation de ce bourg avait été comme une réponse et un antidote aux difficultés du moment, aux difficultés rencontrées par la petite communauté du Saint-Mont.

Comme beaucoup de manuscrits, l’obituaire du Saint-Mont témoigne de certains événements isolés.

Il évoque l’intervention en faveur du Saint-Mont des grands personnages que sont les ducs et les duchesses de Lorraine. L’obituaire rappelle les libéralités des ducs et les offices célébrés à leur mémoire. Les duchesses Catherine (1573-1648) et Marguerite (1615-1672) de Lorraine sont mentionnées comme abbesse, coadjutrice et bienfaitrices de Remiremont. Quelques autres grands personnages de l’entourage ducal comme Warry de Haroué ou Ancel de Darnieulles dotèrent le Saint-Mont comme d’autres institutions religieuses lorraines. On trouve aussi la relation d’événements qui ont sans doute frappé les contemporains comme la construction d’une citerne ou réserve d’eau74, la restauration de l’église75, l’incendie du dimanche 26 avril 166376, la mort et le transfert à Nancy de l’abbesse de Remiremont Catherine de Lorraine et le décès de dom Didier de la Cour, réformateur du Saint-Mont77.

D’autres informations plus concrètes décrivent le cadre de vie romarimontain. Le prieuré du Saint-Mont demeura un prieuré modeste, mais l’exemple romarimontain voisin, assez prégnant, fut un moteur incomparable et donna probablement à cette communauté un éclat inhabituel. Les cérémonies liturgiques de l’église priorale par exemple, étaient magnifiées régulièrement par la présence des chanoinesses de Remiremont qui dirigeaient l’office religieux avec leur prêtre semainier et leurs chantres78. Comme Remiremont, le Saint-Mont possédait de beaux objets d’orfèvrerie79 et de beaux livres comme l’Evangéliaire du Musée Friry80. Comme à Remiremont, on y avait le goût des livres81. Comme à Remiremont, on se montrait très préoccupé par la gestion du patrimoine foncier, ou par exemple par l’approvisionnement en vin alsacien82.

L’organisation de la mort dans l’espace romarimontain

Avec la mort, se posait immédiatement le problème du service religieux et de la sépulture.

un cérémonial liturgique simple

Le texte de l’obituaire débute par un préambule courant sur les 1er et 2 janvier, qui recommande de faire et célébrer solennellement les anniversaires, services et autres offices divins coutumiers, pour les personnes inscrites dans ce livre. Des formules fréquentes « pour son anniversaire », « faire l’anniversaire », « célébrer son anniversaire solennellement », « acquester son anniversaire », « pour augmentation de l’anniversaire » semblent désigner aussi ces services religieux, mais elles sont tout aussi imprécises. L’ordinaire de Remiremont signale de son côté « des services de mort », sans plus. De fait, la commémoration des défunts semble avoir été liée aux offices, à toute sorte de prières, mais surtout à de nombreuses messes et au cimetière.

Chaque lundi, jour particulier des défunts, une messe était célébrée dans l’église du Saint-Mont pour l’ensemble des défunts associés à l’église. La règle et la coutume sont rappelées dès le premier folio : « Nous sommes tenus de dire et célébrer chaque lundi de l’année, une messe de Requiem et les Exequies en portant l’eau bénite par le cimetière, et la vigile des trépassés le dimanche précédent, pour les âmes de nos prédécesseurs, chanoines, confrères, sœurs, bienfaiteurs, recommandés et amis, anciens et nouveaux, par lesquels notre dite église est édifiée et maintenue ». Cette messe de Requiem était suivie d’une procession, d’une bénédiction et d’une distribution (qui sont alors qualifiés d’usages anciens) dans le cimetière. Les chanoines disaient là les sept psaumes pénitentiaux et les oraisons « acostumees ». Ils portaient l’eau bénite. Le sacristain ou un chanoine élu était chargé de distribuer la « rente du cimetiere », soit la petite somme versée à chaque chanoine présent. Cette cérémonie au cimetière constituait probablement un moment important de la commémoration.

Le fondateur pouvait demander aussi une célébration propre, se distinguant de cette commémoration collective du lundi. Un acte de donation transcrit à la fin de l’obituaire précise « quant nos soliens aivoir propre anniversaire », et suggère qu’une cérémonie du même type que celle décrite précédemment, suivait au cimetière : « six deniers tournois doivent être partagés en notre cimetière par lui [le chanoine Etienne Vincent] tant qu’il vivra, et après son décès par notre sacristain ou par un autre élu par notre chapitre, aux chanoines prêtres présents au dit cimetière, disant les sept psaumes et les oraisons dites habituellement et anciennement, quand nous avons un anniversaire propre83  ». Ce genre de précision est rare cependant. Une attention plus grande semble portée à la cérémonie à l’intérieur de l’église. Le chanoine Guillaume de Bullate, par exemple, a demandé explicitement la célébration de son anniversaire et d’une messe. Celle-ci est mentionnée en premier lieu et de manière précise dans la notice : « C’est pourquoi nous avons reçu et recevons le dit Guillaume de Bullate, pour être associé et participant à une messe qui sera dite et célébrée dans notre église de Rombech, chaque semaine, le jeudi, par nous et par nos successeurs, pour toujours à perpétuité, comme nous l’avons ordonné et établi nouvellement. Et avec cela nous sommes tenus de faire et de célébrer solennellement son anniversaire chaque année une fois, comme nous en avons la coutume et usage de faire pour nos autres bons amis et bienfaiteurs aux jours qui sont écrits dans nos calendriers84  ». Faut-il comprendre que les messes ont fait alors l’objet d’une réorganisation, alors que les anniversaires continuaient à être célébrés selon la coutume ? Ce qui est sûr, c’est que la plupart des donateurs souhaitaient avant tout être « associeiz et participans en une messe ». Moins chère qu’un service solennel, la messe, qui plus est, ne posait aucun problème dans une communauté canoniale où chaque chanoine était un célébrant potentiel85.

Les notices de l’obituaire mentionnent une/ou des messes simplement, ou bien une messe perpétuelle (la messe est fondée « a toujoursmais en perpetuiltei », « a tousjoursce ») ou bien une messe de Requiem. Cette messe est généralement unique. Les exemples de Warry de Haroué86 et de Catherine87 demandant la célébration de quatre messes hebdomadaires demeurent isolés, et celui, tardif, de Nicole de Stainville de Verzey, qui fonde quinze messes au total88, demeure bien modeste à côté de certaines accumulations de suffrages caractéristiques de la fin du Moyen Age et de l’époque moderne. Dans les rares cas de messes hebdomadaires multiples, l’une des messes est parfois associée à la messe traditionnelle des défunts du lundi : « L’une des dites deux messes sera associée par une collecte dite avec la messe de Requiem que nous avons coutume de dire et célébrer tous les lundis pour les anniversaires et pour la communauté de notre dite église, et l’autre messe sera dite le mardi ou un autre jour suffisant dans la semaine ».

La fréquence de ces messes est variable. Parfois c’est une messe annuelle qui doit être célébrée le jour de l’anniversaire ou dans l’octave (ou « dedens les oct jors devant ou apres »). Ou bien la messe est mensuelle : « Item la devantdite dame Jeanne d’Aigremont, abbesse, a encore ordonné de célébrer et chanter à note une messe de Requiem en notre dite église, c’est à savoir le premier mardi de chaque mois de l’an, pour toujours, en perpétuité, pour elle et pour sire Renald son frère89  ». Ou bien la messe est hebdomadaire. Le jour des messes hebdomadaires n’est précisé qu’une fois sur deux. Mais les chanoines du Saint-Mont priaient probablement chaque jour pour leurs défunts et leurs bienfaiteurs, et il était donc facile d’associer un défunt à une messe quotidienne sans plus de précision. En 1407, le prieur Guillaume mentionne par exemple la messe perpétuelle du mercredi : « une messe perpétuelle que nous avons ordonnée et établie en notre dite église, chaque semaine, le mercredi, qui sera dite et célébrée par nous et par nos successeurs, pour eux et pour nos autres bienfaiteurs et recommandés90  ».

Les actes précisent souvent que cette messe doit être célébrée dans l’église principale du Saint-Mont : « en nostre dicte eccleise », « en nostre dicte eccleise de Rombech », « en nostre grant englise dou dit Saint Mont... » Les actes de donation de Warry de Haroué localisent plus précisément messes et prières. Les quatre messes commémoratives seront célébrées à l’un ou aux deux autels de l’église91, et la récitation des prières se fera sur la sépulture se trouvant entre les deux petits autels dans l’église. Mais dans les notices de l’obituaire, le scribe n’a pas retenu ces indications, pas plus que celle de la chapelle Sainte-Croix située devant l’église, que le chanoine Jean Vicaire a dotée et choisie comme lieu de commémoration92.

Certaines messes semblent avoir été plus solennelles. Sans que l’on sache précisément ce que sont les services solennels ou les messes spéciales enregistrés. Chaque fois, il s’agit de commémorer des personnages importants. Le prieur Guillaume de la Perche s’engage à dire une « messe speciale » pour son confrère très généreux, le chanoine Guillaume Bullate. Quatre « services solenneis » sont prévus aux Quatre-Temps de l’année liturgique pour les ducs de Lorraine. Il est aussi question de messe chantée ou messe haute avec procession et vigiles, de la rétribution versée au prêtre « qui chanterait la messe »93. Quelques notices de l’époque moderne précisent aussi qu’il s’agit de messe basse ou de messe haute. On peut supposer que la messe basse bon marché était la plus fréquente. Parfois la messe est liée aussi au sanctoral, demandant l’intercession d’un saint particulier : une messe hebdomadaire de Notre-Dame est fondée par le duc de Lorraine Ferry III94, Jean Garat réclame une messe de saint Nicolas en 166795. Ces spécificités restent rares cependant.

Les distributions au cimetière constituaient une étape importante du cérémonial autour de la mort. Plusieurs notices concernant des chanoines très majoritairement, et pour cause, y font allusion entre 1334 et 1418. Une partie des revenus de la fondation était partagée entre les prêtres et les chanoines qui disaient ou chantaient les messes, qui aidaient à chanter ou plus simplement qui étaient présents. Les notices insistent toujours sur une exigence : la distribution doit être faite entre les personnes présentes. Le prieur comme les autres reçoit sa quote-part s’il est présent : « et doit om distribuer au priour, s’il est present VI deniers »96. Cette distribution avait lieu au cimetière chaque lundi ou le jour anniversaire : « pro distributione facienda in cimiterio nostro qualibet die lune totius anni »97, « Et doit om distribuer le jour du dit anniversaire ai chascun chanonne present XII deniers »98. Le sacristain de l’église, le chapelain de la chapelle destinataire de la fondation, ou un autre chanoine élu ou désigné était chargé de recevoir cette « rente du cimitiere », et de la distribuer singulièrement et fidèlement99. Chaque prêtre et chanoine présent recevait 2, 3, 4, 6 ou 12 deniers, 4 ou 5 sous, ou 4 gros. La répartition respecta parfois la hiérarchie : l’obit de Martinat, chanoine de Remiremont, recommandait de donner 6 deniers au prieur, 6 deniers au prêtre qui chantera la messe et 3 deniers aux autres chanoines. Ces distributions du cimetière furent importantes au point qu’on légiféra. Le chanoine Etienne Vincent fut à l’origine d’une ordonnance à ce sujet vers 1350. Ce texte auquel on se réfère encore en 1418, n’a cependant laissé aucune trace dans les archives. Les notices de l’obituaire mentionnent le lundi comme jour de distribution, une quote-part de six deniers et le problème de l’augmentation de cette distribution. Dans son propre obit, Etienne Vincent précise que cette distribution doit se faire aussi à Noël, Pâques et Pentecôte même si on ne va pas au cimetière ce jour-là. Le souci de répartition et d’augmentation de cette distribution rejoint celui des autres distributions qui rythmaient la vie quotidienne des chanoines, pour le vestiaire ou la lumière de l’église par exemple. Mais dans le contexte de l’obituaire, et sous la plume peut-être du prieur Guillaume, la rente du cimetière apparaît soigneusement assignée comme toute somme en question. Quand celui-ci fonda avec ses parents un obit au Saint-Mont, il localisa précisément la maison sur laquelle pesaient les 34 sous à distribuer.

Les actes conservés donnent bien d’autres détails non repris dans l’obituaire. L’heure de la messe ou des prières : « a houre de tierce », « apres la messe de tierce », « apres lou maingier dou soir »100. La durée de l’engagement : « apres le deces du premier deuls », « jusques a la fin de cest siecle »101. Les prières requises : Warry de Haroué réclame ainsi la récitation d’un De Profundis, du Pater noster, de l’Ave Maria, de Ne nos a porta inferi et Fidelium Dominus omnium102. Le vêtement du prêtre : « davant que li preste soit davestus »103. Voire une description sommaire de la tombe. Les copistes des notices condensent le texte des chartes, au point d’être parfois très imprécis : « au juedi ou ai ung aultre jour competant », « ou dedens les oct jors devant ou apres »104. Les actes de donation énumèrent aussi d’autres « bienfaits » utiles, soit des oraisons, des jeûnes, des abstinences, des aumônes et des vigiles, auxquels les défunts étaient associés « pour avoir pleine participation » écrit-on, et qui étaient autant d’occasions hebdomadaires voire quotidiennes de demander une intercession pour les âmes. Warry de Haroué a demandé ainsi la récitation quotidienne de prières sur sa tombe. Mais l’obituaire tait tous ses détails.

Enfin, une note laisse supposer qu’il était peut-être facile de négliger, d’oublier ces nombreuses messes commémoratives. Si le prêtre n’accomplissait pas son devoir d’officiant, il est prévu que sa quote-part de rente reviendrait à la communauté : « Et au cas où nous, prieur, ou nos successeurs ne délivrerions ou payerions paisiblement ou bonnement les dits trois florins chaque année au frère qui aura dit la messe, ou si le dit frère co-chanoine ne faisait pas bien son devoir de dire ou faire célébrer la dite messe chaque semaine, nous voulons et ordonnons que la communauté mette la main sur les dits six florins et sur les assignals, et ordonne selon sa bonne volonté, et pour que la dite messe soit continuellement bien et dévotement servie105 ».

Le cérémonial liturgique quotidien de la commémoration était au Saint-Mont probablement assez simple. Il s’organisait autour de messes ordinaires, de prières et de bénédictions au cimetière. L’Ordinaire de Constance de Faulquier106 évoque à plusieurs reprises ce cimetière. Lorsque les chanoinesses venaient au Saint-Mont, il constituait alors souvent une étape dans leurs processions107, comme certaines chapelles intérieures ou extérieures à l’église priorale.

la sépulture

Si le droit canon était appliqué, chaque laïc devait être enseveli dans le cimetière de sa paroisse. Au Saint-Mont, malgré le périmètre restreint, les chanoines disposaient de plusieurs oratoires et d’autant de lieux de sépultures. L’aura de sainteté qui entourait ces lieux attira vite probablement les fidèles qui choisirent d’y être inhumés. Des chanoinesses romarimontaines montrèrent l’exemple, et furent inhumées dans des sarcophages en plusieurs endroits sur le site. Une croix d’absolution en plomb trouvée dans l’un de ces sarcophages permit d’identifier la chanoinesse Cunégonde, décédée en 1077108. Au total, les inhumations furent probablement assez nombreuses comme en témoignent les sarcophages et nombreux ossements découverts109, même si accueillir la sépulture des fidèles n’était pas une fonction principale de la communauté monastique.

Dans l’obituaire, ces sépultures apparaissent rarement. Leur lieu précis n’est jamais indiqué. C’est au détour d’une notice de l’époque moderne que nous apprenons que le chevalier Warry de Haroué avait été inhumé dans l’église du Saint-Mont : « Obiit anno 1669 R.P.D. Petrus Bidault subprior hujus monasterii... Jacet sub tumba illustrissimi domini Varini de Harouel præcipui benefactoris hujus monasterii ». Et c’est le quatrième acte de donation de Warry qui a conservé une brève description de cette tombe. Elle était située entre les deux petits autels de l’église, où on chante les messes de tierce. Elle portait le nom de Warry et ses armoiries. L’exemple est unique pour la période médiévale, les trois autres indications de tombes concernent l’époque moderne. Remarquons aussi que cette tombe médiévale et que son enregistrement dans l’obituaire sont liés à la fondation extraordinaire d’un grand personnage qui se fit moine au Saint-Mont.

En matière de sépulture, la concurrence entre l’église du Saint-Mont, ses cimetières, ses différentes chapelles, et les lieux de sépultures romarimontains ou voisins fut sans doute assez rude. Car les chanoines du Saint-Mont étaient aussi très souvent les desservants des différentes paroisses romarimontaines et voisines. Mais cette concurrence a dû concerner les legs et les rentes bien plus que les sépultures. De la même façon que la commémoration au cimetière, s’articule dans l’obituaire autour du problème de la "rente du cimetière", la rente obituaire soutient chaque ligne de cet obituaire.

les confréries

Un autre acteur de cette organisation de la mort était la confrérie. Remiremont comptait à la fin du Moyen Age plusieurs associations autour d’un saint patron ou d’un métier, qui permettaient aux individus de vivre fraternellement leur foi et leur charité, et se caractérisaient surtout par une forte solidarité autour des défunts. Ces confréries furent peut-être plus nombreuses que ne le suggèrent les documents conservés110. Les nombreux ecclésiastiques du bourg ont probablement soutenu ces sociabilités111. Les saints du Saint-Mont sont rarement patrons de ces confréries, mais le prieuré a dû profiter de ces nouveaux nœuds de relations sociales et familiales. C’est ce que suggère en tout cas le registre de la confrérie des parmentiers fondée à Remiremont, le 8 septembre 1398. Cette confrérie était attachée à l’église paroissiale Notre-Dame, mais son acte de fondation112 signale plusieurs personnages apparaissant dans l’obituaire. Plus précisément les deux initiateurs de la confrérie et premiers témoins de l’acte juridique de fondation sont probablement les fondateurs associés dans la notice du 17 mars de l’obituaire, datée de 1400. Soit Jean Flaon, qui est le premier parmentier cité dans l’obituaire et qui tient sa maison du Saint-Mont, et Jeannette dite de Mélisey qui fut probablement l’épouse d’Henry Le Roy, couturier et bourgeois de Remiremont113. L’acte de fondation débute ainsi : « Au nom du Seigneur, amen. Par la teneur de ce présent instrument public, que chose soit connue et évidente à tous que, en l’an de grâce Notre-Seigneur 1398, le huitième jour de septembre, environ à l’heure de none, en l’autel d’Henri dit Le Roi, couturier, bourgeois de Remiremont, indiction six’ Pour cela spécialement établis, en leurs propres personnes, Henri dit Le Roi dessus nommé et Jeannette sa femme, Jean Flaon et Biétrix sa femme, Richard de Dessous-Saint-Jean’ reconnaissent et confessent qu’ils ont fait, constitué, établi et ordonné en l’honneur et révérence de la glorieuse Vierge Marie’ une confrérie’114  ». Rien dans les statuts de cette confrérie ne fait référence au Saint-Mont. Les offrandes pour le luminaire par exemple vont à l’église paroissiale Notre-Dame. Mais il apparaît qu’une communauté de romarimontains originaires de Haute-Saône (Saint-Loup, Mélisey) et liés au Saint-Mont, était relativement préoccupée par la mort, au tournant du XVe siècle, à l’ouverture de l’obituaire.

Des fondations de type traditionnel

L’obituaire du Saint-Mont reflète une démarche individuelle maintes fois suivie. Un défunt de son vivant ou un membre de sa famille avait décidé de fonder un anniversaire115 pour le salut de son âme et de celle de ses proches116. Il faisait une donation à une église, en espèces ou en biens immobiliers très souvent convertis en rentes. Cette dotation matérielle devait assurer la célébration et la rétribution d’une messe commémorative perpétuelle. Elle était enregistrée à la fois dans un testament ou une simple donation, et dans l’obituaire sous la forme d’une notice plus ou moins développée117. Dans l’obituaire, les circonstances, la date et les distributions, si caractéristiques du passage du nécrologe à l'obituaire, sont souvent précisées. Parfois la fondation était faite peu de temps avant la mort, à l’occasion d’un testament, et la notice empruntait inévitablement certaines formules à ce testament. A la fin du Moyen Age, les communautés bénéficiaires de ces fondations ne lisaient plus ces notices nécrologiques détaillées à l’office de prime, mais s’appliquaient plutôt à enregistrer soigneusement les termes du contrat et utilisaient l’obituaire probablement comme une sorte d’aide-mémoire, d’agenda pratique. « Fonder son obit » consistait donc à organiser pour toujours, à perpétuité, le paiement des messes à célébrer pour le repos de son âme.

le jour d’inscription

Le jour d’inscription dans l’obituaire ne semble pas lié au jour de la mort, comme cela se trouve habituellement119. La notice ne fait jamais référence au jour exact du décès, à l’exception de quelques notices de l’époque moderne. Une seule notice recommande que l’anniversaire soit célébré précisément le jour anniversaire du décès : « ladite messe se celebrera pour le repos de l’ame de ladicte dame a tel jour que son deceds aura esté arrivé »120, mais cette notice est datée de 1683. C’est aussi dans des notices du XVIIe siècle que l’on a reporté le jour précis de la mort de grands personnages : « Augustus IIII idus. 4 idus anno 1632 Samielli R. in Christo pater D. Claudius Franciscus de congregatione [...] in reformatione propaganda laboribus translatis cum vera verae sanctitatis fama quiescit et ibidem sepelitur ». Quant à l’obit de Catherine de Lorraine décédée le 7 mars 1648, il fut reporté au jour suivant car l’espace réservé au 7 mars était déjà occupé par les obits de trois chanoines.

Le choix du jour anniversaire s’impose en revanche, et de toute façon lorsqu’il s’agit par exemple de célébrer l’anniversaire de conjoints rarement décédés le même jour. La messe anniversaire était célébrée dans l’octave (« Et doit chascuns preste dire et celebrer une messe le jour de l’anniversaire, ou dedens les oct jours apres » 121) ou le jour de la fête d’un saint intercesseur (« a charge de celebrer a perpetuité une messe de saint Nicolas le 9 may et une messe le jour sainte Marguerite pour le salut de leurs ames » 122). Ou bien le fondateur choisissait ou non une tout autre date. Il est difficile en effet de dire si le fondateur choisissait toujours le jour de la commémoration, et dans quelle mesure son choix était respecté à l’inscription. Le scribe par exemple a suivi la volonté de Burnequin de Parroy dont l’obit est bien inscrit deux fois, le lendemain de la fête de saint Barnabé, soit le 12 juin, et le lendemain de la sainte Lucie, le 14 décembre :

« [12 juin] Est mort Burnequin de Parroye qui fut prévôt Saint-Pierre, l’an 1370, duquel nous tenons 20 pièces de meis qu’il a acquises céans hors la ville de Remiremont, au lieu dit En Bodel. C’est pourquoi nous devons faire et célébrer l’anniversaire du dit Burnequin deux fois l’an, c’est à savoir le lendemain de la fête de l’apôtre Barnabé le lendemain de la fête de sainte Lucie vierge. »

« [14 décembre] Est mort et mémoire aussi de l’anniversaire de Burnequin de Parroye qui fut prévôt Saint-Pierre, au lendemain de la fête de sainte Lucie vierge. »

De la même façon, il s’est appliqué à enregistrer quatre fois les services célébrés pour les ducs lorrains aux Quatre-Temps. Il a soigné aussi la notice développée organisant la commémoraison123 du prieur Guillaume de la Perche dès les premiers feuillets124. Mais aurait t-il été aussi attentif si le fondateur était un personnage moins important et n’avait fait aucune recommandation particulière ? Et puis il lui fallait tenir compte de certaines contingences liturgiques. Les fêtes liturgiques, nombreuses, pouvaient servir de repères pour organiser la commémoraison, comme les Quatre-Temps souvent cités125, mais elles étaient aussi déjà l’occasion de services particuliers. Les nombreux jours sans fête étaient autant de "trous", d’espaces disponibles dans le registre, que les scribes ont pu être tentés d’utiliser pratiquement au fur et à mesure des inscriptions. La comparaison établie entre l’obituaire et les nécrologes romarimontains montre aussi un décalage entre jour du décès et jour de commémoration, et un certain désordre finalement. Les personnages communs à ces registres sont peu nombreux126, leurs notices sont différentes. Et la proximité entre les églises destinataires des fondations n’a pas favorisé un enregistrement précis. Aucune règle d’inscription n’apparaît, analogue à celle des sept jours entre le décès et l’obit adoptée par les chanoines de la cathédrale de Toulouse127 par exemple. Dans de nombreuses notices, non seulement il n’est jamais question du jour de la mort, mais un blanc a été réservé pour la date ou une partie de la date comme si de nombreuses fondations avaient été faites du vivant des fondateurs. On trouve « MCCC[...] », « MCCCC et [...] » comme si le scribe se réservait un espace pour porter la date du décès lorsque celui-ci surviendrait. Certaines dates incomplètes antérieures à l’ouverture de l’obituaire pourraient laisser penser que le scribe a travaillé à partir d’un autre obituaire déjà incomplet. La plupart cependant sont proches de 1406, mais il est difficile parfois d’affirmer que la date est complète. Que penser par exemple de « MCCCC » suivi d’un blanc au bas du fol. 13 ? « CCCC » est-il un ajout, complet, ou le blanc qui suit attend-il une précision ? Ces blancs présents dans tout le manuscrit, y compris dans les notices de l’époque moderne, témoignent probablement d’une technique d’inscription qui nous échappe.

« [2 mars] Est mort Guillaume Mailla de Remiremont, et Ascelate sa femme, en 14[..], qui ont donné huit sous toulois pour leur anniversaire’ »

« [22 mars] Est mort seigneur Jean, curé d’Uxegney et chanoine de Remiremont, en 14[..], qui a donné 10 sous de cens pour son anniversaire’ »

« [22-23 mars] Est mort seigneur Jean Le Godelai, sacristain de Remiremont, l’an 14[..].. »

« [2 avril] Est morte Jeannette de Bains, infirmière de Remiremont, l’an du Seigneur 14[..]. »

« [5 mai] Sont mortes dame Jeanne de Saint-Loup et Isabelle, femme d’Henri Boileau de Luxeuil, l’an 14[..], qui ont donné seize sous’ »

des obits selon la coutume

Les obits inscrits majoritairement entre 1406 et 1432 présentent une relative homogénéité. Ils sont rarement individuels, qu’ils soient le fait de tiers ou des défunts de leur vivant. Le mari est souvent accompagné de son épouse ou inversement, une fille fonde l’anniversaire de ses parents, un chanoine s’associe à sa famille ou deux chanoinesses sont inscrites dans la même notice. C’est le conjoint et l’ascendance qui sont le plus souvent associés aux messes anniversaires, comme dans les chartes et les testaments. Le couple est très important. Beaucoup de fondations sont faites conjointement par maris et épouses : « Boneamie de Romarimont et Perrins ses maris » (18 janv.), « Baulduyns dis Le Rocel de Saincte Helene et Meline sa feme » (12 févr.), « Richart du Four de Romarimont et sa feme » (12 mai), « Jehans Ogiers de Romarimont et Perreton sa feme » (27 juin), « Perrins prevost de Faucoingney et Jaquete de Villars sa feme » (22 juil.)... Ou bien c’est une veuve qui fonde l’obit de son mari : « Obiit Jannete Lambelin d’Espinal, femme Bascelin Francoix qui fut, l’an mil CCCC[...], que donait por som anniversaire V sols » (30 août). Ou bien une s’ur intervient pour le salut de l’âme de son frère : « Obiit dame Agneis d’Arches, l’an mil CCC cinquante cinc, que donait XV sols de cens pour l’anniversaire de elle, de Husson Chaderon escuier som marit, et de Ferri d’Arches som frere qui fut nostre chanonne de ceans ». La femme est très présente. Elle apparaît dans les nombreuses fondations d’époux, ou comme sœur, nièce ou mère, mais aussi elle prend souvent l’initiative de fonder un anniversaire une fois veuve. L’obit strictement masculin en revanche est rare, et souvent le fait d’un ecclésiastique.

L’obituaire ne reprend que quelques fondations anciennes remarquables. Les plus anciennes (1279 et 1323) concernent les ducs lorrains, une abbesse ou des chanoinesses de Remiremont. Le prieur Guillaume a sans doute voulu garder le souvenir de personnages prestigieux ou de certaines libéralités comme celle de l’abbesse de Remiremont Agnès de Salm qui avait donné un calice très précieux, des cens128, et beaucoup d’autres biens. Autant de dons remarquables sans doute soigneusement conservés et qui rapportaient peut-être encore quelque argent.

L’obituaire enregistre également des augmentations129 d’anniversaires. Plusieurs donateurs augmentèrent leur donation initiale. En 1407, Thiebal d'Epinal et Marguerite son épouse ajoutent quatre sous à huit sous de fondation initiale. Dans la notice, l’ajout est fait postérieurement dans une autre écriture mais le scribe prend le soin de comptabiliser les douze sous au total. La fondation du chevalier Warry de Haroué donne l’exemple de deux augmentations en quelques années. Après avoir donné 600 florins pour la fondation de quatre messes anniversaires en 1421, Warry de Haroué et Marguerite de Toullon son épouse contribuèrent à l’ornementation de l’église du Saint-Mont, en donnant plusieurs calices, reliquaires, vêtements et chandeliers. Par cette nouvelle donation très généreuse, ils voulaient être « participans » en toutes messes, oraisons, jeûnes, abstinences, veilles et autres bonnes œuvres, mais souhaitaient aussi que les chanoines « continuent plus dévotement » les quatre messes fondées initialement. Puis devenu veuf, Warry obtint une prébende de chanoine au Saint-Mont. Ce fut l’occasion d’une nouvelle augmentation de sa dotation. Il ajouta une fois encore une somme considérable, 300 francs, avec six tasses d’argent, « pour convertir en revenus pour l’église ». Ces augmentations de fondation existaient encore à l’époque moderne. En 1676, dame Nicole de Stainville de Verzey donna à nouveau 240 francs pour l’augmentation de la fondation d’une messe hebdomadaire le samedi. Ces nouvelles donations étaient considérées vraisemblablement comme des ajouts à la donation initiale, si l’on considère l’aspect inhabituel des deux actes enregistrant les augmentations de la fondation de Warry de Haroué. Le premier est inachevé, le scribe n’a pas jugé utile de reproduire la formule d’engagement finale. Le second débute sans formule, dans un style narratif peu courant.

Comme beaucoup de livres de la pratique, l’obituaire du Saint-Mont fut ouvert souvent au départ. Très vite l’enregistrement a débordé le beau cadre pré-défini, dérogeant aux règles les plus élémentaires. On utilisa au besoin les espaces laissés libres sur les pages. Des notices se développèrent sur plusieurs jours. Des dates et des mentions demeurèrent incomplètes130. Pour finir, les obits, comme ceux qui furent ajoutés en décembre, sont très brefs et sans date, et tiennent chacun sur quelques lignes. Des renvois, des compléments, des grattages, des ajouts, des additions hors texte, médiévaux aussi bien que modernes, compliquent encore la lecture. Tous ces accidents de parcours témoignent de remaniements inhérents au genre nécrologique, mais aussi d’une réelle et courte utilisation. Notons que cette utilisation brève puis épisodique du manuscrit fut sa meilleure sauvegarde, le parchemin et les encres ont gardé une remarquable fraîcheur.

La rente obituaire et le problème de la dévolution des biens et des droits afférents

les cens : des rentes modestes et nombreuses

Pour rétribuer sa ou ses messes anniversaires, le fondateur donnait rarement un bien mobilier. L’obituaire a enregistré quatre dons de livres131 et seulement quatre donations d’objets liturgiques132. Les donations directes de terres ou de maisons133, de mesures de vin134, de résaux de seigle ou de chapons135, sont minoritaires également, et toujours secondaires dans les notices. Comme dans celle de Boneamie de Remiremont où le cens a retenu toute l’attention :

« [18 janvier] Est morte Boneamie de Remiremont et Perrin son mari, l’an 1388, qui ont donné dix sous toulois de cens pour leur anniversaire, lesquels sont assignés à Remiremont sur leur maison située au bourg, dans la rue de La Courtine, entre la maison de Jean Cornat d’une part, et la maison de Jean Savaigat d’autre part. Jean Guaidat et Isabelle sa femme demeurent dans cette maison et l’ont reprise et retenue de nous et de notre église. Item la dicte Boneamie a encore donné quatre jours de champs arables, situés au finage de Pont, et nous avons les lettres. »

Les donateurs cédaient plutôt un cens, des cens ou une somme d’argent. Florette, fille de Baudouin Hercegnon, bourgeois d'Epinal, donna ainsi neuf cens pesant sur des maisons et un pré, et représentant 100 sous136. Les quatre officiaux de la Cour de Toul requis pour sceller l’acte de cette donation ont pris soin de détailler l’assiette et les dates de perception, et ils ont soigneusement comptabilisé les différentes sommes. L’argent est omniprésent dans les notices. Une part des sommes reçues était soigneusement distribuée entre les chanoines assurant la commémoration, la part la plus importante se trouvait aussitôt investie dans l’achat d’un nouveau cens. Ce nouveau cens annuel pesait sur une maison ou sur une terre proche, ce qui facilitait la perception et garantissait de nouveaux revenus. Cette assignation était la seule chose qui importait. Le scribe précise toujours la localisation des terres et des maisons concernées, le détenteur actuel des biens, et la répartition de la redevance. S’il omet parfois de préciser la somme donnée au départ (Guillaume de Bullate « ait donei certeinne somme d’argent pour acquester censes et rentes »137 ; Thiebert et Jeannete de Celles « ont donei argent »138), la destination de ces sommes en revanche ne laisse aucun doute. Les sommes extraordinaires léguées par le chevalier Warry de Haroué par exemple permettront de nombreux acquêts dont les actes ont conservé la liste : « Laquelle somme desdits six cents vieux florins ainsi eue et reçue par nous, nous l’avons mise et convertie en acquêts écrits ci-après : c’est à savoir en [l’acquêt] de quatre charretées de vin blanc de cens annuel et perpétuel, en l’acquêt d’une maison, son tréfonds avec le chaucheu qui est dans la dite maison, en l’acquêt de la moitié du moulin de Serc’ur en tréfonds au ban d'Epinal, en [l’acquêt] de treize gros de cens perpétuel en la fin de Remiremont et quinze gros de cens perpétuel en la fin d'Epinal139 »... Le nouveau cens est une garantie de revenu supplémentaire, régulier, peu risqué. Et cela ne complique pas trop la gestion domaniale des receveurs sur place, comme ceux que l’on devine à Epinal140. C’est une technique profitable et utile au prieuré comme le soulignent les actes : « pour acquester censes et rentes pour nos et pour le profeit et utilitei de notre dicte eccleise de Rombech ». Le Saint-Mont percevait ainsi des rentes à Remiremont, à Epinal, dans les environs mais aussi en Alsace.

Dans la même perspective, beaucoup de biens donnés au prieuré étaient proposés au cens. Les maisons reçues en fondation étaient rapidement acensées. L’obit de Moingin de La Roche et Bellat son épouse signale, immédiatement après la donation de la moitié d’une maison, la prise à cens de cette maison : « [19 mai] Sont morts Moingin de La Roche et Bellat sa femme de Remiremont, l’an 1397, qui ont donné pour leur anniversaire la moitié de la maison qu’ils ont en partage avec Henri Tullandin, située au bourg de Remiremont, entre la maison de Le Goudelat d’une part, et la maison de Hardran d’autre part. Laquelle moitié Moingin Hardran a prise et retenue de nous pour deux gros de cens ». Le cens donne parfois son importance à une très petite terre : « [30 décembre] Est mort Baudouin Du Paire, courvoisier, qui a donné un petit copel de meis, situé devant Grennevo, que Perrin de La Rigolle tient pour quinze deniers de cens d'Epinal ». Parfois même la terre était acensée au donateur même. Certaines affaires peuvent être longues et compliquées141 et beaucoup de tractations et transferts doivent nous échapper.

Une autre méthode, largement préférée semble t-il, consistait à vendre les biens reçus afin d’acquérir d’autres cens. La vaisselle précieuse était parfois vendue, comme la vaisselle d’argent offerte par les deux chanoinesses romarimontaines Isabelle et Alix de Mélisey : « Et pour accomplir cette dévotion, elles nous ont donné et délivré plusieurs vaisselles d’argent qui ont été vendues autour de 80 florins. Avec cette somme et les 50 francs que nous avons reçus de sire Jean Nychol de Pontealia, nous avons acquis une charretée de vin de cens annuel et perpétuel, en Allemagne, de Dietrich de Wittenmühle, écuyer, et de Jeanne de Massevaux sa femme142  ». Les six tasses d’argent léguées par Warry de Haroué seront aussi « pour convertir en revenues pour l’ecglise quant on les pourrait trover », précise l’acte de donation comme si le Saint-Mont épiait toute bonne occasion. Le prieuré pouvait ainsi compléter d’anciens cens assignés sur des maisons de Remiremont et Epinal. Les notices citent à plusieurs reprises des bourgeois spinaliens et romarimontains, et en particulier Jean Lailet et Jean Moingel, avec lesquels le Saint-Mont fut en affaire suivie.

Le prieuré décidait de l’achat des nouveaux cens, avant même la rédaction de l’acte de donation semble t-il. Il est vrai qu’il devait prévoir, définir et organiser les distributions du cimetière. Même dans le cas d’une donation de biens-fonds, le prieuré prévoyait un cens pour cette distribution :

« [8 juin] Est mort messire Jean Walthier Lestache de Remiremont, prêtre et chanoine saint Romaric, et Nicole sa mère, en 1409, qui pour son anniversaire ’ nous a donné de son vivant une maison qu’il avait à Remiremont’ Pour eux, pour leur anniversaire, nous avons assigné onze sous de cens en monnaie d'Epinal assis sur la maison de Richard Marie située au grand bourg d'Epinal. Item trois sous sur la maison de Colin Marendei qui est à présent à Demoinge Bazalle, située au châtelet d'Epinal143. »

Dans une autre notice, le scribe précise qu’il faut retenir une partie du cens pour les sacristains de Remiremont célébrant cet anniversaire également :

« [16 juillet] Est mort monsieur Jean Boniate de Remiremont, prêtre et sacristain, l’an [1]38[.], qui donna pour son anniversaire sa maison qu’il posséda de son vivant, située au bourg de Remiremont. Jean Brechal a pris à cens de notre église cette maison moyennant 20 sous toulois, un chapon de cens. Sur ces 20 sous, nous devons rendre aux trois sacristains cinq sous toulois pour faire l’anniversaire du dit sire Jean dans leur église de Remiremont. Et notre église doit prendre aussi trois sous toulois, deux chapons, à cause d’anciens cens, et le reste est pour faire céans son dit anniversaire. »

Ces rentes soigneusement définies étaient souvent modestes, à l’échelle de la communauté religieuse qui les recevait, soit un petit prieuré. Elles l’étaient majoritairement déjà dans le Liber Memorialis, comme si on avait préféré enregistrer les multiples petits dons qui finissaient par constituer des revenus importants, plutôt que les grandes fondations, les donations ducales par exemple, dont on conservait les chartes. L’obituaire a consigné soigneusement deux deniers de cens, neuf deniers, deux sous de cens, vingt sous, deux gros, neuf gros... Mais il n’a enregistré aucune fondation de chapelle ; les bourgeois les plus fortunés qui pouvaient fonder une chapelle choisissaient Saint-Pierre de Remiremont comme Baudouin de Hadonvillers144 en 1414, ou l’église Notre-Dame de Remiremont comme Babel145, veuve de Fullepin Le Fèvre qui fonda l’anniversaire de son mari en 1434. Mais plusieurs rentes pesaient souvent sur le même bien et finissaient par avoir un poids économique envié. La maison de Durand Houllon par exemple est successivement chargée d’un cens de quatre sous en 1410, puis quatre sous à nouveau en 1412, puis trois sous en 1413. Au final, le prieuré du Saint-Mont dit avoir plus de dix sous sur cette maison pour différentes causes.

un enregistrement précis, pratique et circonstancié

Les scribes de l’obituaire furent parfois précis à la manière des rédacteurs de censiers. Mais ils ont fait aussi beaucoup de choix. Ils ont peu évoqué le rituel de la mort qu’ils connaissaient parfaitement. Ils ont abrégé, recomposé et n’ont retenu finalement que l’essentiel à leurs yeux, soit la dernière étape de l’affaire ou le dernier cens donné si petit fut-il.

Dans une fondation, ce qui importait avant tout, c’était de noter avec le maximum de précision la localisation et l’assiette de la rente qui rétribuait l’anniversaire. A la date du 22 juillet, figure l’obit de Perrin, prévôt de Faucogney et de son épouse Jacquette de Willers. Ceux-ci ont donné trois résaux de seigle et deux chapons de cens. Sur plus de deux jours, sur 29 lignes, sont détaillées, lieu après lieu, les 18 pièces de terre sur lesquelles seront levées les redevances en avoine et chapons. Parfois le scribe a renvoyé à des actes plus anciens146, parfois il a complété postérieurement la notice. Dans l’obit de Jean Gautier Lestache, chanoine de Remiremont, il a enregistré la donation d’une maison située à Remiremont. La notice datée de 1409 est simple mais elle court sur les 8 et 9 juin, car une seconde main a ajouté, précisé l’assignation du cens attaché à cet anniversaire, soit deux maisons, les détenteurs de ces maisons et leurs confronts147.

Les copistes travaillaient avec des documents sous les yeux. Ils utilisaient des chartes de donation, des notices ou des minutes comme celles qui servirent à la rédaction des comptes des anniversaires du chapitre cathédral de Rodez en 1413-1414148. L’allusion à ces documents ou lettres est fréquente dans les notices obituaires : « et en avons lettres’ », « ensi comme il est escript es lettres des acquast’ », « comme il appert par certeinnes lettres’ », « tant par testament comme aultrement... » Il s’agit le plus souvent de plusieurs lettres, comme le suggère les formules du type « selonc ce quil est contenui en lettres saelees de saels de prodommes » 149. La charte de donation était complétée par d'autres actes relatives aux biens donnés. L’acte signale alors parfois « de quoi nos avons lettres de tout », comme si le dossier complet garantissait mieux l’action juridique. Certaines chartes sont dites anciennes, scellées, patentes, octroyées dans l’église du Saint-Mont. On prête beaucoup d’attention à leur forme, leur manière (« en la melour forme et maniere que nous poons ») et leur contenu. Les actes multiplient les détails, précisant par exemple que la donation a été faite entre les vifs et de manière irrévocable. Les scribes de l’obituaire ont renvoyé à ces lettres dans lesquelles le détail de la transcription était « plus plainnement contenuis » ou « plus a plains ». Le rôle des notaires était dès lors important. Un acte (annexe 1, acte 3) transcrit à la fin de l’obituaire y fait allusion plus précisément en signalant la « traditio », la remise de ces lettres entre les mains du notaire, données « corporelment en la main du dit notaire en leu de sairement, surs poinne d’excommuniement et soub l’obligation de tous ses biens mobles et non mobles presens et advenir ».

Les copistes de l’obituaire ont emprunté à ces actes de donation ou d’acquêt, des formules, des unités très variées de surface et de mesure, voire des passages entiers. Le copiste du deuxième acte de donation de Warry de Haroué, peut-être le même qu’en 1409, avait le premier acte sous les yeux ; il le souligne lui-même à deux reprises : « par les lettres sur ceu faictes que nous avons par devers nous ». Il a repris de longs passages de la première donation et a essayé d’adapter. Certaines inversions et répétitions trahissent sa copie. Mais son texte est plus long, plus précis. Il répète les noms propres, précise les lieux et certaines formules (« par quelque meniere que ce soit »). Il se montre plus soucieux surtout de la rente obituaire dont il dit le prieuré bien payé et content (« solt et contans »). Il donne maints détails sur les acquisitions de maison, cens, moulin et vin réalisées grâce aux 600 florins donnés par Warry de Haroué, et comptabilise précisément 599 florins d’acquêts. En revanche, l’engagement de commémoration n’est pas aussi précis : il semble que les quatre messes fondées en 1424 remplacent la première fondée en 1409. Dans une autre notice consacrée à Etienne Vincent, le scribe a repris plus précisément des groupes de mots de l’acte de donation, et probablement plus facilement car l’acte est assez court. Dans celle de Guillaume de Bullate, il a copié la formule « avons receupz et recepvons le devantdit Willame de Bullate associei en une messe speciale, que serait [dicte] et celebree en nostre dicte eccleise de Rombech » en omettant seulement le mot « dicte » 150.

On devine toujours le ou les actes de donation et d’acquêts qui ont servi à la rédaction des notices de l’obituaire. Mais curieusement, nous pouvons rarement mettre en parallèle les documents qui sont conservés, avec des notices de l’obituaire. Toujours le copiste chargé de l’enregistrement dans l’obituaire recompose. Il adapte : Car « adonc ne chante om pas por les trespaisseis » devient « quar adonc om ne vait mie ou cimetiere ». Il complète : « et portans l’eaue benoicte ». Et surtout il abrège et résume. Le petit dossier relatif à la fondation de Warry de Haroué est révélateur de cette pratique. Cette fondation est complexe, longue (1409-1430) et très riche. L’inscription dans l’obituaire n’est faite qu’en 1432, mais surtout elle passe sous silence les sommes extraordinaires152, les calices et les vêtements liturgiques légués, les nombreux cens et biens acquis, les quatre messes hebdomadaires fondées et la confirmation ducale. Tous les dons convertis en revenus soigneusement détaillés sont ignorés. Le scribe signale simplement un anniversaire annuel, « multa beneficia », les trois reliquaires conservés, la tombe dans l’église, 26 sols de cens probablement récemment assignés et six résaux de froment. Deux ans après la dernière donation de Warry, c’était probablement les seules traces matériellement identifiables de cette riche fondation. A l’opposé, d’autres donations n’apparaissent pas dans l’obituaire alors même qu’il s’agit de personnages mentionnés dans l’obituaire. Deux notices de l’obituaire datées de 1407 et 1408, ont enregistré la donation par les chanoinesses Alix et Isabelle de Mélisey de deux cens de quelques sous, assignés sur deux maisons à Epinal et Remiremont. En 1409, un acte établit une donation de vaisselle d’argent par les mêmes dames en fondation d’une messe hebdomadaire au Saint-Mont153. Mais les deux documents s’ignorent, aucun ajout n’a été fait dans l’obituaire alors que la seconde donation était bien plus importante. La courte notice nécrologique consacrée à Jean Vicaire de Mirecourt est aussi sans aucun lien avec l’acte de donation de 1417 qui détaille pourtant précisément la messe anniversaire et la distribution consécutive. De la même façon, l’obituaire nous apprend peu sur Bietrix, fille de Jean Paixour d'Epinal alors que les trois actes donnés en annexe permettent d’entrevoir un personnage en relation étroite avec le Saint-Mont et de reconstituer une partie de sa vie entre 1407 et 1432154. En 1416, autre exemple, Alix de Planchier, épouse d’Henri Le Roy, parmentier de Remiremont, donna au Saint-Mont, « pour être accompagnée aux prières », sa maison située rue Dessous-Saint-Jean à Remiremont155. Mais l’obituaire n’a pas retenu cette donation. Pas plus qu’il ne retient les donations de son mari Henri Le Roy156, de Catherine Flandenel ou Jaiquette, épouse de Mengin Aubry de Remiremont157, du sacristain Jean de la Moline qui offre pourtant son bréviaire neuf158, alors que la plupart de ces fondations correspond à la période principale d’inscription dans l’obituaire.

On comprend que les scribes n’aient pas repris des formules très répétitives comme « pour estre parsonnier a mort et a vie des orisons et de bienfais de ladite eglise ». Mais pourquoi des donations sont-elles à ce point dénaturées ? Pourquoi d’autres sont-elles ignorées ? Cela tient probablement à la nature particulière du document qui nous échappe. Si les informations enregistrées nous renseignent peu sur le mode d’inscription des obits et sur l’utilisation de l’obituaire, les treize actes de donations copiés sur les derniers feuillets de l’obituaire restent isolés mais offrent une certaine clé de lecture. Ils sont classés dans l’ordre chronologique (à l’exception du dernier acte), et rappellent des donations extra-ordinaires ; des donations riches de 100 sous, 300 florins, 50 francs..., d’orfévrerie, d’ornements liturgiques et de livres. Des donations de personnages remarquables comme le chanoine Etienne Vincent ou le chevalier Warry de Haroué. Il ne fait pas de doute que le scribe a fait un choix d’actes. Il a choisi par exemple de ne pas séparer les donations de Jean Nychol et Isabelle et Alix de Mélisey (actes 5 et 6), dont les revenus mis ensemble permirent d’acquérir du vin alsacien. Les différences d’écriture et de mise en page permettent de distinguer d’autres groupes : les actes relatifs à la fondation de Baudoin Hercegnon (actes 2 et 3), les actes datés de 1409 (actes 4 à 7), les actes concernant Warry de Haroué (actes 10 à 12). Et il ne fait aucun doute que le treizième acte a été ajouté après coup au verso du dernier folio, dans une écriture beaucoup moins soignée159. Aucun signe ne renvoie ces treize actes aux fondations respectives. Ils ne justifient pas les inscriptions et donations, ils ne pouvaient y prétendre. Ils apparaissent simplement ajoutés sur des folios restés libres, comme on l’a souvent fait à la fin de n’importe quel manuscrit. Ils sont curieusement sans aucun lien avec les notices de l’obituaire parce que l’obituaire n’est pas un registre raisonné, pas même un registre, mais une sorte de simple agenda pratique. Ensuite la précision de l’obituaire rappelle beaucoup celle des censiers, l’obituaire a pu jouer le rôle d’un censier. Les biens donnés sitôt convertis en revenus perdaient vite toute matérialité et se trouvaient ainsi à peine cités dans les nouveaux actes d’acensement. Le nom du censitaire prévalait vite sur celui du donateur-fondateur. Un petit comptage effectué sur les inscriptions du mois de mars donne douze occurrences du mot « anniversaire » mais 24 fois « cens » et 26 fois « sols ». L’obituaire apparaît bien plutôt comme un agenda comptable.

Au vu de cette documentation, les transferts de propriétés foncières étaient rares. Ce que l’on achetait, ce que l’on donnait, c’était essentiellement des droits pesant sur des terres ou des champs. Les bourgeois achetaient des cens afin de s’assurer des rentes annuelles. Ces rentes nourrissaient une véritable "économie de la mort", avec des mécanismes et circuits complexes, mêlant toutes sortes de contrats et dévolutions, comme l’assignation à cens, la mainbournie ou divers partages. Cette circulation d’argent constituait sans doute une source principale de revenus pour les bourgeois et les chanoines romarimontains. Au Saint-Mont, certains mécanismes quasi automatiques comme la conversion en monnaie sonnante et trébuchante de la vaisselle d’argent reçue en legs, souligne toute l’importance du numéraire.

Une communauté bourgeoise dynamique

les bourgs de Remiremont et d'Epinal

Si nous conservons une documentation riche pour le chapitre de Remiremont, l’histoire du bourg qui l’entoure reste assez mal connue tant elle est masquée par l’histoire de la grande abbaye. Il faut confronter les sources les plus diverses pour mieux mesurer l’impact de l’abbaye et voir apparaître le bourg. A côté du chartrier conservé, d’autres documents nécrologiques, d’autres manuscrits, de la documentation archéologique, l’obituaire du Saint-Mont révèle deux communautés bourgeoises romarimontaine et spinalienne très liées.

Les deux bourgs conservent un caractère agricole. Des clos, des « chasals » et des « meix » séparent les maisons sans que la distinction entre vergers, jardins ou même habitations soit toujours bien claire. « Meis », « chasals » et maisons s’imbriquent de telle façon que les rédacteurs des notices ou des actes redoublent de précision lorsqu’ils localisent ces biens. Ils mentionnent les maisons, les vergers, les jardins, les portes, les voies ou les chemins mitoyens, mais aussi un fossé, un pont, un moulin, un ruisseau, une ruelle, une chapelle, une halle ou un arbre remarquable. Certaines notices laissent penser que le « meis » était plutôt une sorte de jardin d’une superficie d’un demi-journal, tandis que le « chasal », plus grand, servait à la pâture160. Au-delà de ces espaces verts intra muros, se trouvaient les prairies, appelées tantôt « forieres », tantôt « varois », et les champs. La destination de ces pièces de terre est plus précise. Tel pré pouvait fournir une, trois ou quatre fauchées, tel autre une ou deux charrettes de foin. Les champs d’un, deux ou trois jours de terre étaient ensemencés en froment et en seigle161. Ces terres tout aussi soigneusement localisées162 étaient utiles aux boulangers pour cultiver des céréales163, aux artisans bouchers pour nourrir leur bétail. Le territoire urbain se prolongeait largement au-delà des murs et des portes, multipliant les contacts avec la campagne environnante. Les bourgeois de Remiremont et d'Epinal tenaient probablement beaucoup à cette fortune foncière "agricole", souvent héritée de leurs ancêtres, parce qu’elle leur fournissait de précieuses rentes. Ce sont ces rentes urbaines qu’ils offraient souvent en rémunération de leur anniversaire, alors que les biens étaient rarement légués au Saint-Mont.

Les notices de l’obituaire permettent également d’entrevoir le bâti des bourgs de Remiremont et Epinal. Les renseignements fournis obéissent toujours à la même règle : il s’agit d’assurer la perception de cens en précisant leur assiette. Maisons, étals et granges sont localisées dans les rues, ruelles et chemins, près des fontaines, devant les portes. Les granges sont souvent attenantes aux maisons des possesseurs (« une maisom et une grange decoste la dicte maisom »). A Remiremont, Bartremat possédait un beau lot immobilier, soit une maison, une grange et deux chasals, une richesse qui n’échappe pas au prieuré du Saint-Mont qui finit par posséder tous les cens attachés à cette propriété. A Epinal, la grange de Jean Fornier, boulanger, qui avait probablement besoin de stocker des céréales, était mitoyenne de celle du prévôt Briat164.

L’obituaire signale aussi plusieurs étals établis dans les quartiers marchands d'Epinal165. Les étals de Rechart Lou Relen, De Perrin Baizin, de Colignon le Gaieton, de Jean Petheil se trouvent sur la place du Maisel et sont probablement des étals de bouchers. Celui de Jean Layrier est installé dans la rue voisine de La Boulangerie. Ces présentoirs où étaient disposées les marchandises étaient regroupés à proximité de la halle166 et alignés les uns à côté des autres. L’obituaire localise plusieurs étals entre deux autres étals et souligne que l’étal de Baudouin Quenewoy est de travers entre un étal et un chemin comme s’il fermait l’alignement. Ces étals spinaliens constituaient un enjeu économique : ils étaient recherchés par le biais d’acquêts et les cens qui pesaient sur eux étaient élevés. Dans les notices, ces cens de quinze ou seize sous sont énumérés toujours avant les cens de quelques sous ou deniers assignés sur des maisons :

« [5 mai] Sont mortes dame Jeanne de Saint-Loup et Isabelle femme d’Henri Boileau de Luxeuil, l’an 14[..], qui ont donné seize sous au cours d'Epinal pour leur anniversaire, qui sont à prendre en l’acquêt fait à Jean Dimel d'Epinal, c’est à savoir sur la moitié de 30 sous de cens au cours d'Epinal, que le dit Jean Dimel a avec son frère Guillaume sur un étal du Maisel, qui fut à Richard Le Relen, situé devant la halle, entre l’étal de Perrin Baizin d’une part, et l’étal de Colignon dit Gaieton d’autre part. Item douze deniers sur la maison de Moingin Ceruel à la porte d’Ambrail. »

Les maisons sont le plus souvent mentionnées par groupe de trois. La donation d’un cens pesant sur une maison, cas de figure le plus fréquent, fournit chaque fois l’occasion de situer précisément la maison concernée et les deux maisons mitoyennes de celle-ci. Près de cent groupes de trois maisons spinaliennes sont mentionnés contre à peine cinquante pour Remiremont. Quand une maison est citée de façon isolée, c’est parce qu’elle sert à localiser des pièces de terre167, parce qu’elle se trouvait hors les murs de la ville, ou peut-être parce qu’elle était bien connue comme la maison Ceruel à Epinal.

Les notices décrivent sommairement ces maisons. Deux maisons seulement sont qualifiées de maisonnette et de petite maison à Epinal168. Certaines ont un jardin, une grange, une dépendance, derrière, à côté ou même devant. La plupart semblent mitoyennes, assez imbriquées169. Cela favorise d’autant les regroupements familiaux et patrimoniaux. Il n’est pas rare que deux maisons jointives soient mentionnées simultanément dans l’obituaire170. Les scribes ont été surtout attentifs à la valeur patrimoniale de ces maisons, rappelant les anciens cens déjà perçus par le Saint-Mont, le nom des propriétaires et des locataires, des filiations, des partitions de biens. Les formules comme « laquelle maison X est demeurant », « laquelle maison X tient au présent », « la maison que fut X » sont courantes. Le scribe est à ce point précis qu’il mentionne parfois les anciens et nouveaux propriétaires , les anciens et nouveaux locataires : « [7 mars] Item [Nicolas de Frettes, chanoine saint Romaric] a encore donné pour le commun profit de notre église 20 autres sous tournois de cens, qui sont assignés au bourg de Remiremont, sur la maison qui fut à Huguenin Potier, située dans la rue de la Grande Boulangerie, près du Maisel, laquelle maison Jean d’Eloyes a acquis des enfants de Jacquemin fils de Genat de Bruyères ».

Le rôle des chanoines est important. Ce sont eux qui probablement étaient à l’origine de la plupart des donations et achats de cens pesant sur ces maisons. Ils ont montré l’exemple en donnant leur propre maison ou un cens pesant sur les maisons du bourg. Ils ont probablement encouragé les donations de tiers, parents, voisins ou amis. L’inscription du 11 décembre montre toute l’importance des chanoines et des maisons canoniales. On y apprend d’abord que Pierre Roche, sacristain de Remiremont, donna un cens pesant sur une maison voisine de la sienne pour l’anniversaire d’un confrère :

« [11 décembre] Est mort Felison et monsieur Guillaume, chanoine de céans, l’an 1403, pour lesquels sire Pierre Roche, sacristain de l’église de Remiremont, a donné trois sous toulois de cens, qui sont assignés sur la maison de feu Isabelle La Couzeresse située au bourg dudit Remiremont, au bout de la rue qu’on dit de La Courtine, entre la maison de Jean Du Four Royers d’une part, et la maison dudit seigneur Pierre Roche d’autre part. Martin de La Moline, Marguerite sa femme et leurs héritiers doivent et sont tenus de payer ce cens de trois sous toulois le jour de la fête de saint Jean-Baptiste. »

Ensuite la maison d’un autre sacristain de Remiremont, Jean Boniate, qui avait donné sa maison au Saint-Mont et suscité sans doute la fondation faite par son père, sert à localiser la donation d’une autre maison rue de La Courtine, et cela plus de dix ans après la donation de Jean Boniate et alors qu’il est mort :

« [11 décembre] Est morte dame Isabelle de Roussy, l’an 1395, qui donna six sous toulois de cens pour son anniversaire, qui sont assignés sur la maison de feu Marguerel Quarante Sols située au bourg de Remiremont dans la rue qui va à la Courtine, devant la maison de feu sire Jean Boniate, entre la maison d’Alix fille de Godart d’une part, et la maison de Jean Felice d’autre part. »

La résidence des chanoines dans le bourg fut sans doute déterminante, à tel point que leurs maisons une fois échues au Saint-Mont continuèrent à servir de repères pour d’autres donations et qu’une maison romarimontaine est simplement appelée « la maisom du chanonne Sainct Romari ».

L’obituaire cite aussi quelques bâtiments et équipements des bourgs. Les portes sont très souvent mentionnées. La porte romarimontaine de la Xavée en particulier sert souvent de repère. Elle fermait le bourg marchand au nord et sert donc souvent à localiser un étal ou un bien appartenant à un artisan. D’autres biens sont situés par rapport à la halle (« derrier la halle, au davant de la halle »), aux murs de la ville (« la ruelle qui vait sur les murs de la ville »), à la maison de ville, à la maison de l’étuve, au châtelet (« seant ou chetelet d’Espinal »), au cloître des dames (« darrier l’encloustre »), à la maison des Prêcheurs, à l’hôpital (« devant l’ospital de Plomieres »), à un cimetière (« devant le cimitiere Nostre Dame »), à une croix ou même à une chambre. A Epinal, une chambre appartenant à la halle est louée à Martinei.

les bourgeois

Les personnages cités sont principalement des bourgeois ou des petits nobles du ban de Remiremont171. Les bourgeois sont rarement identifiés comme tels. Le qualificatif « bourgois » (ou « bourgeois ») n’est utilisé que six fois, et il désigne des habitants d'Epinal ou de Thann172. Dans le même registre, le mot « bourg » (ou « borg ») intervient souvent dans la localisation des biens fonciers, mais il s’agit le plus souvent du bourg d'Epinal. Comme si la qualité bourgeoise romarimontaine allait de soi, comme si l’obituaire était l’obituaire d’un microcosme où chacun se connaissait bien. Une supposition confirmée d’ailleurs par les actes conservés173. Le nombre de ces bourgeois est donc difficile à déterminer, même approximativement. En moyenne, chaque page de l’obituaire a enregistré la donation de six donateurs mais elle fournit autour de 25 noms propres. Soit au total, près de 900 noms, dont trois quarts d’hommes et à peine 7% d’ecclésiastiques. Le tout sur 37 pages seulement, transcrites sur une trentaine d’années pour l’essentiel. Là est la richesse de l’obituaire, si on compare ces nombres au millier de personnages de l’obituaire de la cathédrale Saint-Lambert de Liège qui vécurent entre le VIIIe et le XVe siècles, à ses 94 % d’hommes et 76 % de clercs enregistrés sur 126 feuillets174. Dans les obituaires de Saint-Martial de Limoges, les fondateurs ecclésiastiques dominent également175. Ici les bourgeois sont majoritaires et les chanoines interviennent bien plus comme alliés, associés de cette communauté bourgeoise.

Nous avons pu réunir des informations sur environ 15 % de ces habitants des bourgs. C’est peu et beaucoup à la fois. Peu dans le rapport au total, beaucoup si l’on remarque que les bourgeois cités généralement dans les obituaires édités sont très rarement connus autrement que par leur mention dans ces obituaires.

Nous savons peu de choses sur ces habitants des bourgs, premièrement parce que nous peinons à les identifier. Leurs patronymes sont rarement fixes et transmis176. Leurs prénoms sont souvent les mêmes. Ce sont leur activité professionnelle et leur origine géographique177 qui les individualisent, beaucoup plus que leur confession religieuse178, leur fonction publique179, leurs diminutifs ou sobriquets, leur aspect physique180, leur mode de vie ou leurs qualités morales181. Ensuite il n’est pas toujours aisé de distinguer ceux qui résidaient effectivement dans le bourg et ceux qui y possédaient une maison sans l’habiter. Enfin, même lorsqu’un personnage est cité à plusieurs reprises, les informations fournies à son sujet sont peu nombreuses, pire toujours les mêmes. Babel, fille de Jaquat Godart et épouse de Guillaume de Plombières est par exemple mentionnée à trois reprises. Les trois notices en question s’appliquent à préciser l’assignation d’un cens de 20 sous sur une maison lui appartenant. Toutes reprennent la filiation de Babel, mentionnent son mari, l’acquêt du cens réalisé par le Saint-Mont, la localisation précise de sa maison. C’est à peine si une notice nous apprend que le père de Babel était boucher, ce qui nous situe mieux cependant dans le quartier de la boucherie du Maisel. La première notice ajoute le nom d’un propriétaire antérieur de l’une des maisons mitoyennes à celle de Babel. C’est ce type d’informations sur les biens comme le décompte parfait des 8, 6 et 6 sous et au total le « censal » de 20 sous pesant sur la maison de Babel, qui retiennent l’attention du scribe182. L’information concerne les biens plus que les personnes. La description de ces biens souligne les solides attaches de ces bourgeois avec la campagne environnante dont ils étaient originaires. Ils conservaient des biens dans cette campagne, qui correspondait à la zone où s’exerçait la puissance de l’abbaye, au ban de Remiremont, soit la vallée de la Moselotte dans un premier périmètre, et la vallée de la Moselle, puis les diocèses de Toul et de Besançon. Certains bourgs fournirent davantage d’"immigrés", comme Bains peut-être183. Les deux mondes ville et campagne vivent dans une inter-dépendance sociale et économique très forte.

La plupart des fondateurs d’obit étaient de modestes artisans qui possédaient quelques biens immobiliers et surtout louaient et prenaient à cens. Ils étaient barbiers, boulangers (« belangier », « belanger », « fornier »), bouchers (« carnifex », « messeclier »), charpentiers, courvoisiers184 (« corvoisier »), meuniers (« mugniers »), tailleurs (« parmentier »), pêcheurs (« paischour », « poissours »), pelletiers, forgerons (« fevre ») et couteliers, ou maçons (« masson »). Ces métiers étaient ceux de familles entières et se transmettaient de père en fils ou de beau-père en gendre. La famille Cherchant qui comptait plusieurs bouchers est un bon exemple de cette "endogamie professionnelle". Des rues étaient spécialisées autour de ces métiers, comme la rue de La Salnerie à Remiremont où Roland Le Salnier et Willemei Le Salnier possédaient des maisons. Le titre de maître est rare, une seule fois nous pouvons l’associer à une maîtrise ès médecine : « Jehan Le Phisicien d’Espinal » est qualifié de « maistre »185. Aucune allusion n’est faite à une confrérie alors que nous avons montré que les personnages à l’initiative de la confrérie des « parmentiers » se retrouvaient dans l’obituaire. Mais il est vrai que cette confrérie comme les autres concernaient des églises de Remiremont, soit des institutions concurrentes. Notons aussi que les noms souvent cités dans les actes juridiques conservés, les noms des personnages en vue comme Baudouin de Hadonviller, Mengin Mathei, Nicolas Lullal sont absents de l’obituaire. L’obituaire semble refléter majoritairement le microcosme d’artisans modestes.

La sensibilité religieuse de ces bourgeois était probablement à la fois très grande et très simple On ne sait rien de leurs prières personnelles, de leur rapport aux rites. En revanche, les actes transcrits à la fin de l’obituaire mentionnent les prières ou oraisons, les messes, les jeûnes, les abstinences, les aumônes, les veilles et autres bons labeurs plaisant à Dieu que les chanoines du Saint-Mont et leurs successeurs font ou feront afin d’assurer le bonheur éternel des bourgeois fondateurs d’obit. Les actes sont rédigés par le Saint-Mont, dans des termes contractuels (le bourgeois « veut faire prier... » ; les chanoines « ont le devoir/sont tenus de dire ou faire dire et célébrer... ») mais ils répondent vraisemblablement à une sensibilité religieuse bien réelle. Comment pouvait-il en être autrement dans un bourg dominé par les chanoines d’une collégiale puissante, à la fois fils des bourgeois du bourg, curés des paroisses et chanoines du Saint-Mont ? Certains bourgeois, les plus fortunés sans doute, allaient jusqu’à fonder deux obits, un à Remiremont, un autre au Saint-Mont, comme les chanoines et chanoinesses, et à se regrouper dans des confréries. Mais la plupart des fondations restent isolées. Beaucoup de fondateurs seraient probablement restés dans l’anonymat sans cette ultime, unique et d’autant plus sincère manifestation de leur foi.

un réseau économique, social et familial complexe

Les chanoinesses dominaient certes la vie romarimontaine, mais de façon lointaine et "mondaine". Ce sont les chanoines qui ont assuré le relais essentiel entre l’abbaye et le bourg. Parce qu’ils étaient apparentés aux bourgeois, parce qu’ils étaient en contact avec les artisans et les paroissiens, parce qu’ils habitaient au milieu d’eux, ils participèrent à un réseau de relations familiales, sociales et économiques complexes. Nous pénétrons difficilement ce réseau humain extraordinairement enchevêtré. Plus d’une fois, nous avons deviné que tel personnage entretenait probablement des relations privilégiées avec tel autre sans en avoir la preuve formelle. Le flux d’hommes, de marchandises, de biens et d’argent, à Remiremont, entre Remiremont et la campagne environnante, entre Remiremont et Epinal, est souvent difficile à suivre mais il implique chaque fois un bourgeois. Ce réseau bourgeois dans l’obituaire est principalement romarimontain, autour de patronymes récurrents comme Bonchernal, Bonvoisin, Conat, Du Four, Felice, Fourqual, Fulpin, Gorriel, Graissenel, La Perchate, Le Duc, Lorxet, Morellat, Quartaul, Reculeiz, Thiebal, Vireli. Ces bourgeois appartenaient à des familles solidement implantées à Remiremont. Leurs noms apparaissent tour à tour juxtaposés dans les registres de l’abbaye, les minutiers des notaires ou les chartes conservées. Ils ont été vendeurs, acheteurs, censitaires, exécuteurs testamentaires ou simples témoins dans des actes juridiques. Ces actes taisent souvent leurs relations ou filiations précises. On devine que les familles Vireli et Du Four, Bonchernal et Bidart, Conat et Rassuti étaient proches. La donation du chanoine Jean Gogins à son prieuré du Saint-Mont en 1402 par exemple prend tout son sens lorsqu’on sait qu’il fut en 1385, alors qu’il était clerc à Remiremont, le témoin d’une autre donation au Saint-Mont par un boulanger romarimontain, lorsqu’on sait qu’il était le neveu d’Alix, le petit-fils de Jean Gorriel, bourgeois de Remiremont, et probablement le fils de Marguerite, donateurs au Saint-Mont en 1396-1398. Ce réseau bourgeois explique la donation et la présence de Jean Gogins au Saint-Mont.

Du côté d'Épinal la précision n’est malheureusement pas plus grande, alors que le nombre de bourgeois spinaliens dans l’obituaire étonne plus encore. Les fondations reposant sur des maisons, des étals, des « meis » ou des terres situés à Epinal sont particulièrement nombreuses. Sur les derniers folios de l’obituaire, leur enregistrement s’accélère, comme si on avait multiplié les inscriptions à un certain moment. Ces habitants du bourg d'Epinal apparaissent comme boulangers, tailleurs, cordonniers, maçons ou béguines. Ils sont dits « d’Espinal », ou « demorant ai Spinal », ou même « bourgoix d’Espinal ». Ils donnèrent au Saint-Mont des cens assignés sur des maisons (deux maisons souvent), des étals ou des biens situés en périphérie du bourg, à Longchamp, Dogneville, Sercœur, Deyvillers, Vaudéville, Jeuxey ou Golbey. L’origine de ces biens est rarement précisée comme si leur possession était ancienne, contrairement aux cens donnés par les chanoinesses, les chanoines et les membres des familles seigneuriales qui sont toujours nouvellement acquis d’un bourgeois spinalien.

Ces achats de cens à des bourgeois spinaliens semblent avoir constitué un phénomène économique important. Des noms comme Jarron, Lailet, Moingel, Jean Baudouin, Bazoille, Dymel et Huat reviennent à 3, 4, 5, 6 voire 10 reprises. Jean Lailet par exemple, vivait vers 1390-1413 et possédait une maison derrière l’abbatiale Saint-Goéry186. Le prieuré du Saint-Mont eut une relation suivie avec sa famille. Avant 1400, il était en affaire avec Jean Lailet lui-même et ses beaux-parents, puis avec Catherine son épouse vers 1408-1409, puis avec Ottim et Perrin ses fils. Les achats réalisés concernent aussi bien des cens pesant sur des maisons à Remiremont et Epinal, qu’un moulin sur le Durbion ou divers héritages « en la fin de Remiremont ». On sait que Jean Lailet fut aussi en affaire avec le prieur d’Hérival auquel il vendit une rente de blé. Les fondateurs d’obit au Saint-Mont ou le prieuré du Saint-Mont lui-même achetaient des cens à certains bourgeois d'Epinal parce qu’ils les connaissaient. On saisit certaines relations particulières. Catherine, épouse de Jean Lailet possédait des biens à Remiremont dont un cens assigné sur deux maisons jointives à Remiremont, et plusieurs héritages « seant en la fin de Remeiremont » que ses fils cédèrent au chevalier Warry de Haroué. Peut-être s’agissait-il de biens hérités de sa mère Isabelle qui donna également au Saint-Mont un cens assigné sur des biens à Rupt ? Le détail de cette donation nous apprend qu’Isabelle d'Epinal était en relation avec Henri Tullandin, bourgeois de Remiremont mais aussi avec Jean Vireli de Suc, lié à la famille romarimontaine des Du Four et en particulier avec Demoinge du Four, chanoine du Saint-Mont. On peut citer aussi l’exemple de Colin La Hie de Dommartin, apparenté à une ancienne famille bourgeoise d'Epinal, la famille Molpies qui fit aussi un don au prieuré d’Hérival. Ou l’exemple de Jean Baudouin, bourgeois d'Epinal auquel le Saint-Mont acheta un cens de 20 sous assignés sur des près à Maxonchamp (Rupt-sur-Moselle). Au final, dans chaque notice nécrologique, il est question d’un bourgeois, de ce réseau de relations bourgeoises complexe entre Epinal et Remiremont. Ce maillage bourgeois serré explique la présence forte des bourgeois spinaliens dans le microcosme de l’obituaire. Au début du XVe siècle, il fut sans doute un atout majeur de cohésion sociale et de succès économique, peut-être à l’avantage du pôle spinalien si l’on en juge par la succession de plusieurs personnages originaires d'Epinal à la tête du prieuré du Saint-Mont après la mort de Guillaume de La Perche187.

Beaucoup de prieurés n’ont pas ouvert d’obituaire. Aussi l’obituaire du Saint-Mont méritait-il de sortir de l’oubli. Mais pourquoi ce petit prieuré a t-il ouvert ce livre ? Il faut sans doute tout à la fois faire la part de la volonté du prieur Guillaume La Perche, de la prégnance de la tradition nécrologique romarimontaine, d’un désir très grand d’assurer son salut, d’une reconnaissance envers une communauté religieuse proche et ouverte188, et de la discrétion des ordres mendiants dans les bourgs vosgiens. Mais il reste que le dynamisme suggéré par l’obituaire est moins celui d’une communauté monastique que celui d’une communauté urbaine. Ce dynamisme est celui des bourgeois romarimontains et du réseau de relations qu’ils ont tissé autour de Remiremont et jusqu’à Epinal au début du XVe siècle, le prieuré du Saint-Mont adoptant en particulier un mode de gestion économique typiquement bourgeois, la perception de rentes.

Le chartrier d’Hérival, second prieuré de Remiremont, confirme ce dynamisme romarimontain et apporte un nouvel éclairage sur l’obituaire. Les chartes conservées mentionnent des « communs censals » perçus par le Saint-Mont et Hérival dans la ville de Remiremont. Des donations et des abandons de droits sont partagés entre les deux maisons. Les prieurs du Saint-Mont et d’Hérival acensent conjointement, à part égale, des biens à des bourgeois romarimontains. Hérival bénéficia aussi de la générosité des chanoinesses Isabelle de Roussy, Alix de Ville, Jeannette de Grandmont, Alix de Montjustin, de Ferry de Plombières, de bourgeois romarimontains, des habitants de Plombières, de Rupt, de Gérard Molpies, Hérard d’Arches, Isabelle de Roussy, Jeannette de Bains, Henri Boileau, Jean Morellat’ La donation partagée de Demoinges de La Perche, frère du prieur Guillaume qui ouvrit l’obituaire, la présence de Guillaume Bonvoisin à la tête du prieuré d’Hérival signalent sans doute le rôle important joué par deux familles romarimontaines, et autour d’eux d’une façon plus générale par les bourgeois romarimontains au début du XVe siècle.

Guillaume de La Perche incarne magnifiquement la dynamique sociale du bourg romarimontain à la fin du Moyen Age. L’édition de "son" obituaire souhaite encourager une autre dynamique, l’édition d’autres documents romarimontains, si nombreux, et l’étude complexe des relations entre groupes et individus.

Notes

74. « Obiit dominus Guillermus de Ceys, venerabilis vir canonicus hujus loci, nobilis et litteratus, anno Domini millesimo CCC° sexagesimo VII°, qui fieri fecit cisternam in claustro » (OSM 26 juil.). Sans doute pour pallier au problème de l’eau sur la montagne du Saint-Mont où les sources étaient rares.

75. « Obiit momsi Esternes Vencenei de Romarimont, chanonne de ceans, l’an mil CCC et trante quatre, qui fit faire les voltes nueves de nostre eccleise de som propre » (OSM 23 sept.).

76. « Obiit anno 1669 R.P.D. Petrus Bidault subprior hujus monasterii post multas hic spatio viginti annorum arumnas et calamitates a militibus et incendio patientissime toleratas cum magna virtutis et innocentiæ fama ex hoc sæculo migravit » (OSM 19 juil.).

77. OSM 8 mars et 13 novembre.

78. L’Ordinaire romarimontain réalisé en 1608 à l’initiative de la dame trésorière-lettrière de l’abbaye de Remiremont, Constance de Faulquier, qui reprend une tradition très largement médiévale, fourmille de détails à propos de la liturgie romarimontaine, et donne en particulier une bonne idée de l’organisation spatiale de ces cérémonies au Saint-Mont. Ce manuscrit est conservé à la Bibliothèque municipale de Nancy sous la cote 30 (46).

79. « calicem ditissimum » (1279, OSM 14 janv.).

80. Yolanta ZALUSKA, L’Evangéliaire de Remiremont : une œuvre canoniale des années 1200, Brepols, 1996, p. 21-22.

81. « Obiit Florete feme Wyriat de Romarimont, l’an mil CCCCXV, que nous ait acheter pour son anniversaire, ung livre attentique qui est appellei Summa confessorum  »(2 avril) ; « multos etiam libros nobis dimisit » (1367, OSM 26 juil.). Voir M.-J. GASSE-GRANDJEAN, Les livres dans les abbayes vosgiennes du Moyen Age, PUN, 1992, p. 96 et 140-141.

82. Le problème de l’approvisionnement en vin pour le cellier du prieuré transparaît à plusieurs reprises dans certaines notices de fondation (1396-1406, OSM 22 mars, 20 juin, 19 oct., 26 nov.). Ces informations sur la vie quotidienne ne sont pas sans rappeler les nombreux détails fournis par les comptes des chanoinesses romarimontaines.

83. 1329 ; voir annexe 1, acte 1.

84. 1409 ; voir annexe 1, acte 7.

85. Jean-Loup Lemaitre a souligné un autre exemple vosgien, celui du nécrologe d'Epinal dans lequel on ne trouve aucune mention explicite de messe, expliquant que célébrer des messes des morts, des messes de la Vierge ou du Saint-Esprit posait moins de problème aux communautés d’hommes ( « Nécrologes et obituaires des religieuses en France » , in Les religieuses en France au XIIIe siècle, Nancy, PUN, 1985, p. 195-196).

86. 1424 ; voir annexe 1, acte 10.

87. 1411, OSM 8 mai.

88. OSM 14-15 avril

89. 1404, OSM 13 mars.

90. Voir annexe 1, acte 2.

91. 1424 ; voir annexe 1, acte 10.

92. OSM 10 mars et voir annexe 1, acte 9.

93. « ... li priours et li signour de Rombech et cil qui apres lour seront en lour maison, doient chescun an chanter en lor eglise une masse dou saint esperit pour moi tant com je vivrai...  »(1294 ; ADV, VII H 36)

94. OSM 26 févr.

95. OSM 15 mai.

96. OSM 31 juil.

97. 1348, OSM 15 févr.

98. 1387, OSM 13 avril.

99. « ... por le distribuer singulerement entre nos prestes et chanonnes que dirons les dictes II messes » (OSM 6 janv.) ; « pour recepvoir, et por distribuer fiablement la dicte rente du cimitiere » (idem, 23 sept.).

100. Voir annexe 1, actes 1, 12 et 13. A Remiremont, les chanoinesses célébraient aussi à l’autel de tierce un service de trois messes le lendemain d’obsèques.

101. Voir annexe 1, actes 4 et 10.

102. Voir annexe 1, actes 1 et 12 ; OSM 13 déc.

103. Voir annexe 1, 1 et 12 ; OSM 13 déc.

104. OSM 19 oct. et 27 nov.

105. 1417 ; voir annexe 1, acte 9.

106. Ce manuscrit conservé à la Bibliothèque municipale de Nancy sous la cote 30 (46) a été transcrit et présenté par Isabelle l’Huillier (L’Ordinaire de 1608 : rites et dévotions au quotidien du chapitre de Remiremont, Mémoire de maîtrise, Nancy 2, 1994).

107. « Devant que d’entrer dedans le cimetiere, le channoine dict De profundis, et les dames les respondent, puis il dict une collette et jette de l’eau beniste aux dames, puis elles entrent au cimetiere et chantent Absolve ». Cette même formule est répétée pour la procession des Rogations (fol. 96v°) et celle de la Saint-Marc (fol. 176v°).

108. Cette croix est conservée au Musée Charles de Bruyères de Remiremont.

109. Voir Charles KRAEMER, « Le Saint-Mont : un lieu d’inhumations privilégiées dans les Vosges du sud du VIIe au XVIIIe siècle. Approche historique et archéologique » , in Annales de la Société d’Emulation des Vosges, 9 (1995-1997), p. 29-42.

110. Les archives conservent le souvenir de sept confréries romarimontaines médiévales dont nous savons peu de chose. Michel Véron dans son enquête sur les confréries romarimontaines de l’époque moderne (La vie religieuse dans l’ancien doyenné de Remiremont sous l’Ancien Régime (XVIème-XVIIIème siècles), Mémoire de maîtrise, Nancy 2, 1989) a comptabilisé 231 confréries dans le doyenné de Remiremont, dont une vingtaine à Remiremont même. Ce chiffre extraordinaire est lié à l’action de la réforme catholique mais aussi peut-être à une forte tradition locale.

111. La confrérie de saint Nicolas par exemple fut érigée en 1391 par « messieurs les ecclésiastiques de cette ville », rapportent ses statuts (Archives communales de Remiremont, ms 61 ; édités par M.-H. RENAUT, in La ville de Remiremont..., p. 307-309, 350-356).

112. Conservé à la Bibliothèque nationale de France, dans le registre de cette confrérie (ms n.a.f. 3661), aux feuillets 7-8. Ce manuscrit démembré, en parchemin, de 14 folios, réunit des prières, collectes, lectures et des listes de confrères transcrits dans des écritures très variées.

113. « Obiit Jannete dicte de Melizei, Jehans Flaon de Saint Loup, clerc, et Bietrix sa feme, l’an MCCCC, qui ont donei VIII gros de cens por lor anniversaire, que sunt assigneis ou censalz acquestei ai Jehan Dymel d’Espinal » (OSM 17 mars).

114. Paris, BnF, ms n.a.f. 3661, fol. 7.

115. Le mot anniversaire est employé 134 fois dans l’obituaire du Saint-Mont. Comme les livres de vie, comme les nécrologes, les obituaires étaient, au départ du moins, des livres liturgiques où les membres d’une communauté religieuse inscrivaient les noms des défunts, des associés et des bienfaiteurs de leur maison qu’ils voulaient commémorer. L’obituaire, avec ses fondations d’anniversaires et de messes apparut au XIIIe siècle et caractérisa la fin du Moyen Age. Les fondations d’anniversaire se multiplièrent alors, augmentées par les obits de nombreux clercs et laïcs, et furent enregistrées avec maints détails (assiette, débiteurs, distributions...).

116. « ... je pour lou remeide de larme de moi et dez armes de mes ancessours ai donei et outroiie en amonne perpetuel ai touz jours a priour et ez signours de la maison de Rombech... » (ADV, VII H 36) est une formule souvent reprise. Ou bien le prieuré s’engage à célébrer la messe anniversaire afin que le défunt puisse obtenir la récompense de la vie éternelle (« in futuro mereatur eterne vite premium possidere », voir annexe 1, acte 6).

117. Les actes transcrits à la fin de l’obituaire courent en moyenne sur 40 lignes (soit les ¾ d’un folio), alors qu’une notice occupe entre 1, souvent 5, 8 lignes, et très rarement 20 lignes pour quelques notices de chanoines. On compte jusqu’à 14 notices au folio 37.

119. Un désordre équivalent existe dans l’obituaire de Beaupré. L’abbé Jacques Choux y voyait la preuve qu’il s’agissait d’un répertoire des anniversaires à célébrer, servant en même temps de livre de distributions, plutôt qu’un obituaire destiné à la lecture au chapitre (obituaire de l’abbaye de Beaupré, ordre de Cîteaux, diocèse de Toul, Nancy, Société d’Archéologie Lorraine, 1968, p. 5).

120. OSM 15 avril.

121. 1334, OSM 27 oct.

122. OSM 15 mai.

123. Nous empruntons ce néologisme judicieux à Michel Lauwers.

124. Comme dans l’obituaire de Saint-Georges de Nancy.

125. OSM 12-13 févr., 1er mars, 8 mai, 10 juin, 19 août, 15 sept., 13-14 déc.

126. Cela expliquerait-il, en partie du moins, que la comparaison entre les nécrologes des prieurés et les nécrologes des abbayes mères reste encore à faire ?

127. Quitterie CAZES, « Le quartier canonial de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse » , in Archéologie du midi médiéval, suppl. 2, p. 163.

128. « [14 janvier] Est morte Agnès [de Salm], vénérable abbesse de Remiremont, en 1279, qui donna en aumône à cette église le cens de Rancourt, un calice très précieux, un autre cens de six sous que doit Jean dit Le Moyen, et beaucoup d’autres biens. »

129. L’augmentation est une préoccupation majeure : Etienne Vincent se préoccupa de l’augmentation des distributions du cimetière, le prieur Pierre de la Porte oeuvra pour l’augmentation du vestiaire des chanoines (1337, OSM 27 oct.), les fondateurs recherchaient une augmentation de la grâce divine (« augmentum gratiae ») afin d’obtenir la vie éternelle.

130. Les différents scribes semblent avoir été soucieux d’enregistrer l’assignation des rentes plus soigneusement que les dates. Les dates des obits inscrits les 2 et 22 mars, 2 avril, 16, 21 et 31 juillet, 5, 13 et 30 août, 28 septembre sont restées incomplètes. Parfois les deux derniers chiffres du millésime ont été ajoutés par une autre main.

131. Le chanoine Guillaume de Scey donna plusieurs livres : « multos etiam libros nobis dimisit » (1367, OSM 26 juil.). Le prêtre Jean Nychol fut plus précis et détailla son don : « ac plurima volumina librorum, videlicet Decretales Sextum, Historiam Scolasticam, Petrum in aurora, sermones dominicarum et sommam Raymondi » (1409, voir annexe 1, acte 5). Florette, épouse de Wyriat a donné un autre livre appelé Summa confessorum (1415, OSM 2 avril). Et Jean Vicaire de Mirecourt a doté la chapelle Sainte-Croix « d’ung livre, ung calice et entier vestement de preste, avec les draps et corporals de l’altei » (1417, voir annexe 1, acte 9).

132. En 1279, la donation d’un calice très précieux (« calicem ditissimum » ; OSM 14 janv.) ; en 1381, celle de trois hanaps et de cuillères en argent (OSM 20 juin) ; en 1417, celle d’un calice et de vêtements liturgiques (voir note précedente) ; vers 1424, la riche donation d’orfévrerie de Warry de Haroué : « dous calices tous dores, trois reliquiares d’argent, beils et nobles, garnis et aorneis de plusours boinnes et sainctes reliques, aus pies desquels calices et reliquiare les armes dou davantdit seignour Warry de Harrowelz sont emmaillier, dous chasibles, l’une de velvey noir et l’autre de drap de lainne pour dire ses messes, avec les aubes, amics, estuelles, fanons, corroies, corporalz, drap d’altei, dous grant chandelier de cowre et altrez ornement appartenant a l’aultei. Item XII cuilliers de fin argent pour nostre tauble » (voir annexe 1, acte 11).

133. Quelques dons de prés et jardins (OSM 1er févr., 26 févr., 30 déc. ; voir annexe 1, acte 13) et la donation de deux maisons (19 mai, 8 juin) seulement.

134. OSM 22 mars, 20 juin ; voir annexe 1, actes 4-8 et 10.

135. OSM 13 févr., 27 juin, 22 juil., 17 oct.

136. 1407, voir annexe 1, acte 3.

137. OSM 18 oct.

138. OSM 30 mai.

139. Voir annexe 1, acte 10.

140. En 1418, le prieur prévoit qu’un cens de 65 sous assigné à Epinal pourra être payé à lui, à ses successeurs ou « a nostre certains comandement a Espinalz » (voir annexe 1, acte 13).

141. Jean Virely de Seux avait acheté à la famille Du Four de Remiremont plusieurs biens. En 1378, il les donne au Saint-Mont, par maniere de retracte au chanoine Demoinge Du Four (ADV, VII H 36, n° 6). En 1390, il les reprend à cens des mains du même chanoine (idem, n° 7-8).

142. 1409 ; voir annexe 1, acte 6.

143. 1409, OSM 8 juin.

144. Ce notaire fonda la chapelle Saint-Antoine dans l’église Saint-Pierre (Paris, BnF, ms n.a.f. 1286, fol. 27).

145. Paris, BnF, ms n.a.f. 1287, fol. 113v°.

146. « ensi comme il appart plus clarement par les lettres anciennes, delivrees a nos, pour notre dicte eccleise de Rombech » (OSM 24 nov.).

147. Dans une autre main : « Pour lesquels pour lour anniversaire nous avons assigner XI sols de cens monoie d’Espinal, c’est assavoir VIII sols de la dicte monoie assis sus la maison Rechart Marie seant ou grant bourg d’Espinal entre le davant de la mason Jehan d’Espinal d’une part, et la mason de la ville d’aultre part. Item III sols de la dicte monoie sus la mason Collin Marendei que est de present a Demoinge Bazalle, seant ou chetelet d’Espinal, entre la mason que fuit Marguerite La Royne d’Espinal beguinne d’une part, et la mason Halbesasse d’altre part » (OSM 8-9 juin).

148. Jean-Loup LEMAITRE, Les obituaires du chapitre cathédral de Rodez. - Paris : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : De Boccard, 1995. - (Recueil des Historiens de la France. obituaires. Série in 8°; 3), p. 93-94.

149. Donation au Saint-Mont par Jean, curé de Sauville (1294, ADV, VII H 36).

150. OSM 18 oct.

152. 112 florins puis 300 florins furent donnés respectivement en 1409 et 1429. Warry de Haroué fut bien plus généreux au Saint-Mont qu’à la collégiale Saint-Georges de Nancy (60 florins), sans doute parce qu’il a choisi le Saint-Mont comme lieu de sépulture.

153. 1409 ; voir annexe 1, acte 6.

154. En 1407, Bietrix et Jean Landol son mari possèdent deux maisons à Epinal. En 1413, l’obit de Jean Landol est inscrit dans l’obituaire à la suite de l’obit de son père (1404). En 1418, Bietrix donne 65 sous au Saint-Mont et fonde une messe hebdomadaire. En 1424, le Saint-Mont lui achète un cens assigné sur un pré à Epinal. En 1427, Bietrix fait une nouvelle donation au Saint-Mont à laquelle elle associe son second mari Didier de Savigny. En 1432, une messe est toujours dite pour elle au Saint-Mont, le mardi, à tierce.

155. Paris, BnF, ms n.a.f. 1286, fol. 47.

156. 1416 ; Paris, BnF, ms n.a.f. 1286, fol. 48.

157. 1419, Paris, BnF, ms n.a.f. 1286, fol. 79v° ; 1420, idem, fol. 86v°.

158. 1430, Paris, BnF, ms n.a.f. 1287, fol. 26.

159. Curieusement cet acte sort de la série chronologique et enregistre une donation moins riche.

160. « entre le chasal des Asnes d’une part, et la maisom Perrin Malmoingin d’altre part » (OSM 6 déc.) ; « sur la foriere c’om dit Le Chasal et c’om dit Ou Prei Mercer » (idem, 13 mai) ; « sur le chasal et grange que Bartremat tient » (idem, 27 oct.) ;

161. « Item sur demei le champ que om dit le champ Chaville contenent en summaille I resal de frument » (OSM 8 janv.) ; « Item sur un champ por trois quartes de soile » (idem, 12 mai), « I quart d’ung jornalz a la semison d’une quarte soile » (idem, 22 juil.).

162. Elles sont désignées par le nom de leurs propriétaires ou détenteurs, et situées dans les finages, villages, paroisses et lieu-dits, en liaison avec les voies, les rivières, les ponts, voire la montagne du Saint-Mont (« le prei c’om dit Le Brul, seant desou nostre montaingne entre Senevat et Saint Esteinne », OSM 26 févr.). Certains notices précisent les quatre confronts de la pièce de terre en question : « une piece de prei, seant ou clou de Molin pres de Romarimont, entre le champ Le Maire Balduyn d’une part, et le prei Perrin Chermoset d’altre part, l’une des pointe toichant au champ Richart de Desous Sainct Jehan par devers Molin, et l’altre pointe ferant par desous le champ le devantdit Balduyn par devers Muselle » (OSM 29 nov.).

163. Exemple de Nicolas Lullal, boulanger, voir note 248.

164. 1405, OSM 9 nov.

165. Curieusement les étals de Remiremont organisés pareillement autour de la place du Maisel et près de la halle, n’apparaissent jamais dans l’obituaire comme si le Saint-Mont n’avait pas réussi à y acquérir des rentes.

166. ... « I estal en la belongerie que fuit Boutehaie, seant entre l’estal Jehan Layrier d’une part et la chambre que Martenei tient appartenant a la halle » (OSM 5 mars) ; « un estal du Maisel, que fut Rechart Lou Relen, seant au davant de la halle » (idem, 5 mai).

167. « Item le meis La Converse seant desos la maisom Sefrenuel, apres le meis Le Duc. » (OSM 23 janv.).

168. « la petite maisonnete sire Demoinge Seguin » (OSM 13 mai, 16 juin) et « la petite maisom qu’est au Petit Amiet et ai Bietrix sa suer » (6 déc.).

169. « la maisom les hers de Saint Valley, seant ou grant Rualmengni devant la crux, qu’est partie contre la maisom Jehan Dallamengni seant entre la maisom que fuit Pierray d’une part, et la maisom Le Jal » (1413, OSM 6 déc.).

170. « sur II maisons seans ou fuer bourg d’Espinal devant la porte de la Fonteinne » (OSM 14 janv.) « sus II masons l’une apres l’aultre, dont l’une est Moingin dit Le Fevre de Hennecour, et l’autre a Colin Cossin, seans ou grant Rualmenny d’Espinal entre la mason Didier Merechon d’une pert, et la mason Esterne Gregy mesclier d’altre part » (OSM 26 avril) ; « II maisons junctes l’une ai l’aultre, entre la maisom que fut Colin Felice d’une part, et la maisom Thiebaul Le Fevre d’aultre part » (1408, 17 avril) ...

171. Comme à Deuil où les défunts qui bénéficient des suffrages de la communauté sont avant tout, avec quelques prieurs du lieu, les bourgeois et les petits nobles de la châtellenie de Montmorency (J.-L. Lemaitre, « La mort et la commémoration des défunts dans les prieurés » , in Prieurs et prieurés dans l’Occident médiéval, Genève, Droz, 1987, p. 190).

172. Parmi eux, « Demange Denis dit Le Comte bourgeois de Remiremont » et « Claude Jacque vivant clerc juré d’Arches bourgeois de Remiremont » sont des personnages de l’époque moderne (OSM 2 sept. ; 1708, OSM 19 août).

173. Les treize actes conservés transcrits à la fin de l’obituaire par exemple, s’ils utilisent bien plus souvent les termes bourgeois et bourg, réservent aussi ces qualificatifs à Epinal ou Thann.

174. Alain MARCHANDISSE, L’obituaire de la cathédrale Saint-Lambert de Liège, XIe-XVe siècles, Bruxelles, 1991, p. LXI-LXII.

175. J.-L. LEMAITRE, Mourir à Saint-Martial : la commémoration des morts et les obituaires à Saint-Martial de Limoges, du XIe au XIIIe siècle, Paris, 1989, p. 435-446.

176. Jean-Loup Lemaitre a fait remarquer la lenteur de l’adoption et de la stabilisation des formes patronymiques dans l’obituaire des prêtres-filleuls de Liginiac.

177. L’origine des personnages cités dans l’obituaire est indiquée en moyenne une fois sur deux.

178. « Perrin Le Crucefis » (OSM 6 avril).

179. Certains donateurs sont prévôts (« Perrins prevost de Faucogney », OSM 13 février et 22 juil.; « Bernequin de Parroies qui fut prevost saint Pierre », 12 juin, 14 déc. ; « Le Prevost Cunin de Romarimont », 22-23 juil’), d’autres sénéchaux (« Huguenin Le Senechault », 5 août). La fonction la plus fréquente reste toutefois celle de maire : « Poirat dit Le Maire Guarsom de Hennecour » (8 janv.), « Le Maire de Saint Breon » (22 juil.), « Le Maire Aubertin qui fut » (24 sept.), « maire Broquin de Chavelot » (7 oct.)’

180. « Jehans Le Gros Maldunei poissours » (6 avril), « momsi Joffroi Le Gros Preste » (9 nov.), « Le Grant Clerc de Gehaimengni » (23 janv.), « Le Grand Poirat » (8 juin, Le Grant Colin (31 déc.)...

181. « Colin Le Duc de Romarimont » (OSM 30 nov.), « Marguerite La Royne d’Espinal beguinne » (9 juin)’

182. OSM 2 mars, 20 sept. et 16 déc.

183. L’obituaire cite Jean Robert de Bain et Catherine sa femme (15 févr.), Jean Fourqual de Bains et Catherine sa femme (21 févr.), La Texeire de Bains (1er avril), « Janneta de Balneis infirmaria Romaricensis » (2 avril), Le Grant Conat de Bains (16 juil.).

184. Le courvoisier prépare et travaille le cuir. C’est un métier bien représenté à Remiremont.

185. Jean Le Physicien est probablement médecin, il a obtenu une formation ès arts et un doctorat en médecine (OSM 24 nov).

186. ADV, Cartulaire de Chaumousey, XII H 1, fol. 54v°.

187. Baldenet d'Epinal devient prieur en 1436, Jean Colette en 1450 et Laurent Nicolai en 1485.

188. Plusieurs donations sont faites par des couples de bourgeois romarimontains par reconnaissance envers le Saint-Mont qui a reçu leurs fils comme chanoines (Parisat de Plombières et Parise, 31 mai ; Demengetus de Remiremont et Ozilia, 15 février ; Richard du Four et Sibile, 12 mai’). Le prieuré voisin d’Hérival bénéficie aussi de ce type de donations (ADV, XIV H 33).